La technique de la couverture en laves

Au cours des siècles, c’est incontestablement la couverture en pierre qui a bénéficié de la longévité la plus grande, une durée de vie de 200 ans n’est pas exceptionnelle !...

En Bourgogne, on parle de « toiture en laves »  ce terme désigne les pierres plates de calcaire détachées par lits de quelques centimètres d’épaisseur qui servent de couverture aux bâtiments. Ce terme n’a rien à voir avec la lave volcanique, il viendrait du latin lapis-lapidi, la pierre.

Dans d’autres régions, c’est le terme de « lauses » ou  « lauzes » qui est employé pour caractériser le même matériau, mais aussi d’autres roches, le schiste, en particulier.

Tous les calcaires bourguignons ne sont pas aptes à fournir des laves, seuls les bancs du calcaire jurassique ont cette propriété de se déliter en matériau ad hoc.

Couvrir un toit en laves ne s’improvise pas. Le lavier est un professionnel maîtrisant une technique mise au point au cours des siècles, technique qui, ces dernières décennies, s’est souvent perdue, ce qui explique, en partie, la disparition progressive des toits en lave.

la cause essentielle est, toutefois,  le coût de la préparation du matériau et sa pose.

Au départ, il faut extraire la lave, elle est « arrachée » au pic ou à la pince, sur les hauteurs, là où le matériau affleure.

 Sur le finage de beaucoup de nos villages, le toponyme « Lavières » désigne les lieux de cette extraction, c’est le cas à Salmaise.

Après avoir été extraite, il convient d’exposer la lave aux intempéries, au moins deux hivers, afin  que le gel fasse un premier tri. Seules les laves non gélives sont sélectionnées pour les toitures.

La lave qui a résisté au gel est transportée à l’atelier ou sur le chantier de construction où elle est taillée, cette taille consiste à donner aux pierres une forme adaptée à la construction et à les biseauter sur une des tranches, le biseau, placé à l’aval de chaque rang, empêche l’eau de remonter sous la lave et de s’infiltrer. Les éclats de pierre résultant de cette taille sont conservés pour servir de calage.

 A l’occasion de cette taille, une nouvelle sélection du matériau se fait à l’oreille : toute lave qui ne « sonne » pas clair est rejetée.

L’opération de couverture peut alors commencer, le support peut être constitué par une charpente ou par une voùte.

Dans le cas d’une charpente, réalisée, le plus souvent, par un autre artisan, le lavier n’intervient qu’au moment du lattage constitué par de longues perches de chêne refendues laissées brutes pour assurer, par leur rugosité, l’adhérence des pierres.

Sur les lattes, le lavier bâtit un plancher de pierre, le doli. Le doli en place, le premier rang de laves est posé à  plat sur le mur porteur formant corniche, il est scellé, habituellement, au mortier de chaux. Ensuite, viennent, en lits réguliers, les autres rangs, sans aucun scellement pour permettre au toit de « respirer ».

L’épaisseur de la couverture va en décroissant  vers le faîte, aussi le poids passe-t-il de 600 kg à proximité du mur porteur à 400 kg prés du sommet de l’édifice.

Dans le cas d’un bâtiment voûté, les laves reposent directement sur l’extrados, le passage de l’extrados au toit est assuré par un blocage de pierraille, de tuf et même de bois pour limiter la charge sur la voûte.

Pour couronner l’édifice, le lavier pose des laves rectangulaires au faîtage si le toit est à deux pentes ou un épi si la construction est conique ou pyramidale.

Dans tous les cas, les chatières de ventilation, les lucarnes, les noues, les souches de cheminée… donnent l’occasion à l’artisan de manifester sa dextérité.

              D’après B. Delarozière dans Pays de Bourgogne n°147 et164.

 

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